Le mot du mois de mars

Baptisés

 

C’était un lundi. On se croisait à la caisse du supermarché. On se racontait le dimanche qui fut une belle journée ensoleillée… la balade… la messe ?... Petite gêne… « Vous allez me haïr, car je ne suis pas baptisée ! » - Vous haïr, mais pourquoi ? Allons, vous pouvez préparer votre baptême. Ce n’est pas compliqué.. On va parler de Jésus. « Oui, mais justement, je n’ai pas rencontré Jésus ! »

Tout est dit. Au point de départ, il y a cette rencontre personnelle, bouleversante avec Jésus. C’était vrai pour Pierre… Marie-Madeleine… les foules de la Pentecôte… C’est vrai aujourd’hui. Mais comment est-ce possible qu’elle n’ait pas rencontré Jésus, alors que quotidiennement elle croise ses disciples ? 

Je me pose ces questions alors que j’ouvre la Parole de ce 2e dimanche de Carême et je tombe en arrêt devant les recommandations de Saint Paul à Timothée dans la splendide 2e lecture. Voilà le kérygme, l’annonce du Christ telle qu’elle doit être faite : «Annonce l’Evangile, dit Paul, même si tu dois en souffrir. Dis comment Dieu t’a sauvé, appelé à une sainteté qui te dépasse. Dis que tu n’as pas mérité cela, mais que c’est le fruit d’un amour que tu ne comprends pas. Dis que cette « grâce » est en chacun parce que Dieu est ainsi. Dis que cet amour qui est de toujours, toi, tu l’as vu, reçu en Jésus qui a détruit ta mort et dont chaque Parole est pour toi un chemin de Vie...»

 

Alors bien sûr… il y a tant de « mais »… «Mais je ne crois pas en tout… Je ne comprends pas tout… Je ne suis pas d’accord avec ceci… Et puis, l’Eglise, c’est pas toujours fortiche… ni hier… ni aujourd’hui…» Oui, certes… mais qu’importent les défauts de l’autre quand je tombe amoureux de lui ! Et qu’importent les désaccords, il y en aura toujours, quand on est heureux de s’asseoir à la table familiale ? 

 

«Mais ne puis-je pas « croire » en ce Jésus, et même l’aimer… sans me faire baptiser… sans aller à la messe le dimanche ?» Aujourd’hui, même ses disciples semblent abonder en ce sens, hélas ! Le Concile nous a appris les nuances. Oui, Jésus entretient avec chaque personne une relation dont lui seul connaît tout le secret… et il veut les sauver toutes… de la manière que lui seul connaît.  Mais il faut répondre NON à la question posée. Si vraiment tu as rencontré Jésus, si tu te sais sauvé par lui, si tu accueilles l’Evangile de l’amour, même des ennemis, alors, tu le sais, il te faut te laisser plonger dans la fontaine de cet Amour et ne jamais plus l’oublier. Alors, il te faut réellement communier à son Corps, et partager la vie, même imparfaite, de sa famille. Comme tu dois vivre des calins réels avec celle ou ceux que tu aimes.

 

Pourquoi ? Parce que tu n’es pas un pur esprit, avec une ligne rouge avec le bon Dieu... Parce que tu es un corps de chair et d’os qui a besoin de gestes concrets, de sacrements, pour savoir que c’est vrai. Parce que tu ne peux pas dire que tu aimes, sans aimer concrètement des êtres réels et imparfaits, en communauté. Parce qu’on ne vit pas vraiment ni dans l’imaginaire, ni dans la pure envie, dans la pure réflexion intellectuelle, ni avec son smartphone… mais seulement dans l’engagement concret, dans un peuple.

Parce que naître et renaître, c’est vraiment cesser d’être sa propre origine et recevoir la Vie d’un Autre. Et parce que, enfin, Dieu lui-même a pris un corps humain en chair et en os… Et que Jésus a vécu lui-même, le premier, la victoire de la Vie sur la mort, en son corps, jusqu’au don de sa vie sur une Croix… et que je ne peux donc pas prétendre simplement l’imiter de loin… Je ne peux prétendre le suivre qu’en me laissant plonger réellement dans la fontaine de la Vie, en communiant réellement à son Corps livré, à son Sang versé pour moi.

 

Des centaines, des milliers autour de nous ne sont pas ou plus baptisés. Cela doit être une souffrance pour nous. 

Vous en connaissez ? Vivez toute votre montée vers Pâques en les portant dans votre prière.

 Préparez-vous intensément à vous laisser replonger dans votre baptême la nuit de Pâques.

 Priez pour les catéchumènes, et en particulier pour Wonwook Christine qui sera baptisée au milieu de nous, à Hésingue.

 

P. Jean-Pierre